Vous avez arrêté de travailler, ou réduit fortement votre temps de travail, pour vous occuper de vos enfants. Ces années comptent pour votre famille. Mais pour votre retraite, elles laissent souvent des traces, et beaucoup de parents ne le découvrent qu’au moment de demander leur rente.
Cette page parle de « mère au foyer », parce que c’est encore la situation la plus fréquente. Les règles sont exactement les mêmes pour un père au foyer.
Ce que vous touchez du 1er pilier (AVS)
Vos années au foyer comptent pour l’AVS
Même sans salaire, vous restez assurée à l’AVS. Les personnes sans activité lucrative doivent en principe cotiser elles-mêmes, dès le 1er janvier qui suit leurs 20 ans.
Mais si vous êtes mariée, vous n’avez rien à payer dans la plupart des cas : vos cotisations sont considérées comme payées si votre conjoint exerce une activité lucrative et verse au moins le double de la cotisation minimale. Vos années au foyer sont alors comptées comme des années de cotisation, sans lacune.
Le partage des revenus entre époux (splitting)
Pour calculer vos rentes AVS, les revenus réalisés par les deux époux pendant les années de mariage sont additionnés, puis attribués pour moitié à chacun. Concrètement, si votre conjoint a gagné un bon salaire pendant que vous étiez au foyer, la moitié de ses revenus de ces années compte pour votre rente.
Ce partage a lieu au moment où les deux conjoints atteignent l’âge de la retraite, en cas de divorce, ou quand le conjoint survivant atteint l’âge de la retraite.
Les bonifications pour tâches éducatives
Pour chaque année où vous vous êtes occupée d’un enfant de moins de 16 ans, votre compte AVS reçoit une bonification égale au triple de la rente minimale annuelle. Elle s’ajoute à vos revenus pour calculer la rente.
Quelques règles à connaître :
- le nombre d’enfants ne change rien : seul compte le nombre d’années avec au moins un enfant de moins de 16 ans ;
- pour les parents mariés, la bonification est partagée à parts égales pendant les années de mariage ;
- pour les parents non mariés ou divorcés avec autorité parentale conjointe, c’est le tribunal ou l’autorité de protection de l’enfant qui décide de la répartition ; sans décision, la bonification revient à la mère.
Si vous vous occupez d’un parent qui a besoin de soins, des bonifications pour tâches d’assistance peuvent aussi être accordées, sur demande chaque année.
Une rente qui reste souvent modeste
Malgré ces mécanismes, la rente AVS d’une mère au foyer reste souvent proche du minimum, surtout si elle a peu travaillé avant ou après les années consacrées aux enfants. Et pour un couple marié, la somme des deux rentes est plafonnée à 150 % de la rente maximale.
Pour connaître votre situation, demandez un extrait de votre compte AVS à votre caisse de compensation. Notre page sur le premier pilier explique comment est calculée la rente.
Le 2ème pilier : la grande absence
Le 2ème pilier est lié au salaire. Sans activité salariée, ou avec un petit salaire inférieur au seuil d’entrée, vous ne cotisez pas à une caisse de pension. C’est là que se creuse l’essentiel de l’écart avec une carrière complète.
Les années passées au foyer ne sont pas rattrapées automatiquement. Ce qui existe déjà reste en revanche protégé : si vous aviez un avoir de 2ème pilier avant d’arrêter de travailler, il est conservé sur un compte de libre passage. Notre page sur le 2ème pilier explique comment fonctionne ce compte.
Mariée ou en concubinage : une différence considérable
Si vous êtes mariée, la loi vous protège sur plusieurs plans. Les revenus du couple sont partagés pour l’AVS. En cas de divorce, les avoirs de 2ème pilier constitués pendant le mariage sont partagés, en principe à parts égales. En cas de décès de votre conjoint, vous pouvez avoir droit à une rente de veuve de l’AVS et du 2ème pilier, selon les conditions en vigueur.
Si vous vivez en concubinage, aucune de ces protections ne s’applique par défaut. Pas de partage des revenus pour l’AVS, pas de partage du 2ème pilier en cas de séparation, pas de rente de veuve de l’AVS. Si votre partenaire décède, vous pouvez vous retrouver sans revenu.
Les règles des rentes de survivants de l’AVS font l’objet d’une réforme au Parlement. Vérifiez les conditions en vigueur au moment où vous faites vos choix.
Comment préparer votre retraite quand vous êtes au foyer
Reprendre une activité, même partielle
C’est le levier le plus puissant. Un salaire, même modeste, vous donne accès au 3ème pilier A, et au-delà du seuil d’entrée, au 2ème pilier. Si votre salaire reste sous ce seuil, vous n’avez pas de caisse de pension, mais vous pouvez alors verser jusqu’à 20 % de ce revenu sur un 3ème pilier A. Les plafonds sont détaillés sur notre page montant maximum du 3ème pilier.
Racheter des années dans le 2ème pilier
Une fois de retour dans une caisse de pension, vous pouvez combler une partie des années passées au foyer par un rachat. Le montant est déductible de votre revenu imposable. Notre article rachat du 2ème pilier : est-ce avantageux ? détaille les conditions.
Épargner avec le 3ème pilier B
Sans revenu soumis à l’AVS, le 3ème pilier A vous est fermé. Le 3ème pilier B reste accessible à tous : compte d’épargne, placements ou assurance vie. À Genève et à Fribourg, les primes d’assurance vie peuvent même être déduites du revenu imposable du couple.
Protéger le parent au foyer en cas de décès
Si votre famille vit sur un seul salaire, le décès du conjoint qui travaille est le risque le plus lourd. Une assurance vie sur sa tête, avec vous comme bénéficiaire, permet d’y faire face. C’est encore plus important en concubinage, où vous n’avez droit à aucune rente de survivant de l’AVS : la désignation d’un bénéficiaire dans un contrat d’assurance vie est alors l’un des rares outils disponibles. Notre page sur la clause bénéficiaire explique comment la rédiger, et notre page 3ème pilier risque pur présente la solution la moins coûteuse.
Faire le point régulièrement
Additionnez votre rente AVS estimée, celle de votre conjoint, et ce que vous rapporteront vos autres épargnes. Notre article combien vais-je toucher à la retraite ? vous aide à faire ce calcul, et notre page comment éviter les lacunes de prévoyance liste les moyens de les combler.
Et à la retraite, si le revenu ne suffit pas ?
Si votre rente et vos autres revenus ne couvrent pas vos besoins vitaux, vous pouvez avoir droit aux prestations complémentaires de l’AVS. Elles font partie du 1er pilier et se demandent auprès de l’organe compétent de votre canton. Mieux vaut toutefois les considérer comme un filet de sécurité, et préparer sa retraite avant d’en arriver là.
Pour comprendre comment s’articulent l’AVS, le 2ème pilier et le 3ème pilier, lisez notre page sur les 3 piliers de la prévoyance suisse.