À la retraite, beaucoup de personnes se retrouvent avec un capital : un 3ème pilier arrivé à échéance, un 2ème pilier retiré en capital, un héritage, la vente d’un bien. Et une question revient : comment s’assurer que cet argent durera aussi longtemps que soi ?
La rente viagère répond exactement à cette question. Elle transforme un capital en revenu garanti à vie, quel que soit votre âge le jour où vous vous éteindrez. En échange, vous renoncez à disposer librement de ce capital.
Comment fonctionne une rente viagère ?
Vous versez un capital à une compagnie d’assurance. En contrepartie, elle s’engage à vous verser une rente à intervalles réguliers, chaque mois, chaque trimestre ou chaque année, jusqu’à votre décès.
C’est là toute la différence avec un retrait progressif de votre épargne : si vous vivez plus longtemps que prévu, l’assureur continue de payer, même quand le capital versé est épuisé. Il prend sur lui le risque de longévité.
Le montant de la rente dépend de plusieurs éléments : le capital versé, votre âge au début du versement, les options choisies (deux têtes, restitution), et le taux d’intérêt technique garanti par l’assureur. Une partie de la rente peut aussi provenir des excédents de l’assureur, qui ne sont pas garantis.
Les différentes formes de rente viagère
Rente immédiate ou rente différée
La rente immédiate. Vous disposez déjà d’un capital, et vous voulez un revenu tout de suite. Vous versez une prime unique, et la rente commence à être payée dans la foulée. C’est la formule la plus courante au moment de la retraite.
La rente différée. Vous préparez votre retraite à l’avance. Vous versez des primes régulières, ou une prime unique, pendant plusieurs années, et la rente ne démarre qu’à la date convenue, par exemple à votre retraite. Le capital constitué entre-temps est converti en rente à l’échéance.
Une tête ou deux têtes
Sur une tête, la rente s’arrête à votre décès.
Sur deux têtes, elle continue d’être versée à votre conjoint ou partenaire après votre décès, entièrement ou en partie selon le contrat. La rente de départ est plus basse, puisque l’assureur s’engage pour deux vies.
Avec ou sans restitution
Sans restitution, la rente est plus élevée, mais si vous décédez tôt, vos héritiers ne reçoivent rien.
Avec restitution, si vous décédez avant d’avoir « récupéré » votre capital, la différence entre les primes versées et les rentes déjà payées revient à vos bénéficiaires. La rente est un peu plus basse en échange de cette protection.
La rente certaine, une alternative à durée limitée
La rente certaine fonctionne comme une rente viagère, à une différence près : elle est versée pendant une durée fixée à l’avance, par exemple dix ou quinze ans, et non jusqu’au décès.
Elle sert à couvrir un besoin temporaire : financer une retraite anticipée jusqu’au début de la rente AVS, compléter ses revenus pendant les années où l’on voyage le plus, ou payer les études d’un enfant ou d’un petit-enfant. Elle peut aussi être combinée avec une rente viagère qui prend le relais plus tard.
En contrepartie, elle ne vous protège pas contre le risque de vivre plus longtemps que prévu.
La fiscalité de la rente viagère
Une règle qui a changé en 2025
Jusqu’à fin 2024, 40 % de la rente viagère étaient imposables comme un revenu, quel que soit le contrat. Depuis le 1er janvier 2025, la part imposable est calculée selon une formule qui tient compte du taux d’intérêt technique maximal en vigueur l’année où le contrat a été conclu. Elle reste ensuite fixe pendant toute la durée du contrat.
Pour un contrat conclu en 2025, la part imposable de la rente garantie est de 4 %. Les prestations qui proviennent des excédents de l’assureur, elles, sont imposables à 70 %.
Concrètement, pour une rente garantie de 1’000 francs par mois issue d’un contrat récent, seuls 40 francs environ s’ajoutent à votre revenu imposable, contre 400 francs avec l’ancienne règle. C’est un changement important pour les personnes qui envisagent une rente aujourd’hui. Pour les contrats plus anciens, la part imposable dépend de l’année de leur conclusion : demandez-la à votre assureur.
L’impôt sur la fortune
Selon le contrat et le canton, la valeur de rachat d’une rente viagère peut rester soumise à l’impôt sur la fortune, notamment pour les rentes avec restitution. Votre assureur vous communique chaque année la valeur à déclarer.
Le droit de timbre
Selon le type de contrat, un droit de timbre fédéral de 2,5 % peut être prélevé sur la prime unique, notamment pour les rentes avec restitution. Vérifiez-le dans l’offre avant de signer, car il réduit d’autant le capital qui travaille pour vous.
Rente viagère ou capital ?
La question se pose à la retraite pour votre 2ème pilier, et pour tout capital que vous avez constitué.
La rente viagère vous garantit un revenu jusqu’à la fin de vos jours, sans avoir à gérer de placements ni à craindre de manquer d’argent à 90 ans. C’est une sécurité, et une simplicité.
Le capital reste à votre disposition : vous pouvez le placer, l’utiliser pour un projet, ou le transmettre. Mais c’est à vous de le faire durer, et rien ne garantit qu’il suffira si vous vivez longtemps.
Deux limites de la rente méritent d’être connues. Elle est en général fixe : son pouvoir d’achat diminue avec l’inflation, sauf si le contrat prévoit une adaptation. Et le choix est souvent définitif : une fois la rente en cours, il est difficile, voire impossible, de récupérer le capital.
Beaucoup de retraités combinent les deux : une rente pour couvrir les dépenses de base, et un capital pour les projets et les imprévus. Pour le 2ème pilier, les règles de choix entre rente et capital sont expliquées dans notre page sur le 2ème pilier.
Rente viagère et 3ème pilier
La rente viagère et le 3ème pilier se complètent de deux façons.
Avant la retraite, une rente différée peut être financée par des primes régulières, dans le cadre d’une assurance vie du 3ème pilier B. À Genève et à Fribourg, ces primes peuvent donner droit à une déduction fiscale spécifique.
À la retraite, le capital de votre 3ème pilier, une fois retiré et imposé, peut servir à acheter une rente immédiate. Notre page quelle imposition lors du retrait d’un 3ème pilier ? vous aide à calculer ce qui vous restera après l’impôt.
Pour savoir si vos revenus de retraite suffiront, commencez par additionner votre rente AVS et votre rente de 2ème pilier : notre article combien vais-je toucher à la retraite ? vous guide. La rente viagère sert à combler l’écart.
Pour qui la rente viagère est-elle adaptée ?
Elle convient particulièrement si vous voulez un revenu garanti sans avoir à gérer vos placements, si vous craignez de manquer d’argent en cas de longue vie, ou si vous voulez protéger votre conjoint avec une rente sur deux têtes.
Elle est moins adaptée si vous avez besoin de garder votre capital disponible, si vous voulez avant tout le transmettre, ou si votre état de santé vous fait anticiper une espérance de vie courte. Dans ce dernier cas, l’option avec restitution limite le risque pour vos héritiers, mais réduit la rente.