« A ou B ? » La question arrive souvent au moment de signer, parfois sous la forme d’une offre qui mélange les deux. Les deux portent le nom de 3ème pilier, mais ils ne répondent pas au même besoin.
Le premier est un outil fiscal encadré par la loi, pensé pour la retraite. Le second est de l’épargne libre, dont l’intérêt dépend de ce que vous voulez en faire. Voici comment les départager.
Les différences en un tableau
| 3ème pilier A (lié) | 3ème pilier B (libre) |
| Qui peut en ouvrir un ? | Les personnes qui ont un revenu soumis à l’AVS | Tout le monde |
| Versements | Plafonnés chaque année | Illimités |
| Déduction fiscale | Oui, dans tous les cantons | En général non, sauf assurance vie à Genève et Fribourg |
| Disponibilité de l’argent | Bloqué jusqu’à cinq ans avant l’âge de référence, sauf cas prévus par la loi | Libre, à tout moment (selon le contrat pour une assurance vie) |
| Impôt sur la fortune | Non | Oui, chaque année |
| Impôt au versement | Oui, séparément et à taux réduit | En principe non pour une assurance vie |
| Bénéficiaires | Ordre fixé par la loi | Libre choix, dans le respect du droit des successions |
| Forme | Compte, titres ou assurance | Compte, titres, assurance vie, ou toute autre épargne |
Le 3ème pilier A : l’avantage fiscal en échange de contraintes
Chaque franc versé, jusqu’au plafond annuel, est déduit de votre revenu imposable. Pour un salarié avec une caisse de pension, ce plafond est un montant fixe ; sans caisse de pension, il atteint 20 % du revenu d’activité, dans une certaine limite. Les montants de l’année sont sur notre page montant maximum du 3ème pilier, et le mécanisme sur notre page la déduction fiscale du 3ème pilier.
Pendant toute la durée de l’épargne, le capital et ses rendements ne sont soumis ni à l’impôt sur le revenu, ni à l’impôt sur la fortune. Au moment du retrait, le capital est imposé une seule fois, séparément de vos autres revenus et à un taux réduit.
En contrepartie, l’argent est bloqué. Vous pouvez le retirer au plus tôt cinq ans avant l’âge de référence de l’AVS, ou avant dans quelques cas précis : achat de votre logement, activité indépendante, départ définitif de la Suisse, rachat dans le 2ème pilier, invalidité. Les détails sont dans notre page comment retirer son 3ème pilier.
Autre contrainte, moins connue : les bénéficiaires en cas de décès suivent un ordre fixé par la loi. Votre conjoint ou partenaire enregistré passe en premier. Viennent ensuite vos descendants, les personnes que vous entreteniez de façon substantielle, et votre concubin si vous viviez ensemble depuis au moins cinq ans ou s’il doit entretenir un enfant commun. Vous pouvez préciser les parts à l’intérieur de ce groupe, mais pas passer devant votre conjoint. Notre page sur la clause bénéficiaire explique ce que vous pouvez modifier.
Le 3ème pilier B : la liberté, sans l’avantage fiscal
Le 3ème pilier B regroupe toute l’épargne que vous constituez pour l’avenir en dehors du 3ème pilier A. Il est ouvert à tous, sans plafond et sans condition de retrait.
Dans la plupart des cantons, il n’apporte aucun avantage fiscal pendant que vous épargnez. Deux cantons font exception pour les primes d’assurance vie : Genève et Fribourg, qui prévoient une déduction spécifique, détaillée dans notre page déduction fiscale du 3ème pilier B. Le capital fait partie de votre fortune imposable. Mais le capital d’une assurance vie n’est en principe pas imposé au moment où il vous est versé.
Pour une assurance vie du 3ème pilier B, vous désignez librement vos bénéficiaires, et si ce sont votre conjoint ou vos descendants, le contrat est protégé contre vos créanciers. Tout le fonctionnement est détaillé dans notre page sur le 3ème pilier B.
Comment choisir : cinq situations
Vous êtes salarié et voulez réduire vos impôts
Le 3ème pilier A, sans hésiter. C’est l’outil d’épargne retraite le plus avantageux fiscalement pour un salarié. Le 3ème pilier B n’a de sens qu’en complément, une fois le plafond du 3ème pilier A atteint.
Vous vivez à Genève ou à Fribourg
Versez d’abord le maximum sur votre 3ème pilier A. Puis, si vous voulez épargner davantage, une assurance vie du 3ème pilier B vous donne droit à une deuxième déduction, plus modeste, qui s’ajoute à la première.
Vous avez besoin de garder votre argent disponible
Si vous épargnez pour un projet à moyen terme, ou si vous n’avez pas de réserve de sécurité, le blocage du 3ème pilier A est un vrai frein. Une épargne libre, en 3ème pilier B, vous laisse la main. Une solution courante consiste à verser une partie sur chacun.
Vous n’avez pas de revenu soumis à l’AVS
Parent au foyer, personne sans activité lucrative : le 3ème pilier A vous est fermé. Le 3ème pilier B est alors la seule façon de constituer une prévoyance personnelle. Notre article mère au foyer : quelle retraite allez-vous toucher ? fait le point sur cette situation.
Vous voulez protéger un proche précis
Si vous voulez que le capital revienne à une personne qui n’est pas en tête de l’ordre légal du 3ème pilier A, par exemple un concubin avec qui vous vivez depuis peu, ou un neveu, le 3ème pilier B vous laisse désigner le bénéficiaire de votre choix, dans le respect des réserves héréditaires.
Pourquoi pas les deux ?
Le 3ème pilier A et le 3ème pilier B ne s’excluent pas. Beaucoup d’épargnants combinent les deux : le 3ème pilier A jusqu’au plafond pour l’avantage fiscal, le 3ème pilier B pour l’épargne supplémentaire, la souplesse, ou la protection d’un proche.
Reste ensuite à choisir la forme : compte en banque, placement en titres ou assurance. Ce choix se pose pour les deux types, et nous le détaillons dans notre page 3ème pilier en banque ou en assurance : lequel choisir ?
Pour situer le 3ème pilier dans l’ensemble de votre prévoyance, avec l’AVS et votre caisse de pension, lisez notre page sur les 3 piliers de la prévoyance suisse.
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