Un 3ème pilier en assurance, c’est souvent un engagement de 20, 30 ou 40 ans. Il se signe pourtant en une heure, parfois moins, au bout d’un rendez-vous où l’on a surtout parlé d’économie d’impôt.
Les mauvaises surprises arrivent plus tard : une prime devenue trop lourde après une baisse de revenu, un capital final plus bas que celui dont on se souvenait, une valeur de rachat dérisoire le jour où l’on veut tout arrêter. La plupart se repèrent dans l’offre, à condition de savoir où regarder.
Avant même de demander une offre
Commencez par trois questions simples. Les réponses déterminent le type de contrat qui vous convient, bien avant le choix d’un prestataire.
3ème pilier A ou B ? Le 3ème pilier A donne droit à une déduction fiscale, mais votre argent est bloqué jusqu’à la retraite, sauf exceptions prévues par la loi. Le 3ème pilier B est plus souple, avec une fiscalité moins avantageuse. Notre page 3ème pilier A ou B : lequel choisir ? vous aide à trancher.
Banque ou assurance ? Une banque vous laisse verser ce que vous voulez, quand vous voulez. Une assurance vous engage sur une prime fixe, en échange d’une protection en cas de décès ou d’invalidité. Les deux approches sont comparées dans notre page 3ème pilier en banque ou en assurance ?
Combien pouvez-vous verser, même dans une mauvaise année ? C’est la question la plus importante, et la plus souvent oubliée. Le plafond du 3ème pilier A, dont les montants sont sur notre page montant maximum du 3ème pilier, est un maximum, pas un objectif. Avec une assurance, il vaut mieux une prime modeste que vous paierez jusqu’au bout qu’une prime au plafond que vous devrez interrompre.
Les points à vérifier dans l’offre
Demandez une offre écrite, avec les conditions générales du contrat. Avant la signature, l’assureur est tenu par la loi de vous informer, de manière compréhensible et par écrit, des éléments essentiels du contrat : les risques assurés, les primes, la durée, les règles de participation aux excédents, et pour une assurance vie, les valeurs de rachat et de transformation, ainsi que les principaux frais déduits en cas de rachat.
Ces informations existent donc. Encore faut-il les lire.
La prime, sur toute la durée
Multipliez la prime annuelle par le nombre d’années du contrat : c’est le montant total auquel vous vous engagez. Puis posez-vous la question franchement. Pourrez-vous la payer en cas de baisse de salaire, de passage à temps partiel, de naissance, de période sans emploi ?
Vérifiez aussi ce que le contrat prévoit si vous ne pouvez plus payer : réduction de la prime, suspension temporaire, transformation en police libérée de primes. Ces options varient d’un contrat à l’autre, et notre page résilier son 3ème pilier explique ce qu’elles valent.
La durée et l’échéance
L’échéance du contrat doit correspondre au moment où vous comptez arrêter de travailler, en général l’âge de référence de l’AVS. Un contrat qui se termine trop tôt vous oblige à replacer le capital. Un contrat qui se termine trop tard peut vous obliger à le résilier, avec les pertes que cela implique.
Si vous avez un projet immobilier, sachez que le capital d’un 3ème pilier A peut servir à acheter votre logement. Avec une assurance, seule la valeur de rachat est alors disponible. Notre page achat immobilier et 3ème pilier détaille les possibilités.
Ce qui est garanti, et ce qui ne l’est pas
Une offre d’assurance affiche souvent plusieurs montants à l’échéance. Un seul compte vraiment : le capital garanti. Les autres sont des projections, qui supposent une participation aux excédents ou une certaine performance des fonds.
La participation aux excédents dépend des résultats de l’assureur. Elle n’est jamais garantie, et les projections présentées aujourd’hui ne disent rien de ce qui sera versé dans vingt ans. Avec une police liée à des fonds, le capital peut même être inférieur aux primes versées si les marchés baissent, sauf si le contrat prévoit une garantie.
Comparez donc les offres sur la base du capital garanti, puis regardez les projections comme ce qu’elles sont : des hypothèses.
Les frais et le tableau des valeurs de rachat
Un contrat d’assurance supporte des frais de conclusion, de gestion et de couverture des risques. Ils sont en grande partie prélevés au début du contrat. C’est pour cela que la valeur de rachat, ce que vous récupérez si vous arrêtez avant le terme, est souvent inférieure aux primes versées pendant les premières années.
Demandez le tableau des valeurs de rachat, année par année. Regardez ce que vous récupéreriez après deux, cinq et dix ans. C’est l’indicateur le plus honnête du coût réel d’un changement d’avis.
Les couvertures en cas de décès ou d’invalidité
C’est ce qui distingue une assurance d’un compte en banque, et c’est aussi ce qui coûte. Vérifiez précisément :
- le capital versé en cas de décès, et s’il correspond aux besoins de vos proches ;
- la libération du paiement des primes en cas d’incapacité de gain, et son délai d’attente : plus il est long, moins la couverture est chère, mais plus longtemps vous paierez vos primes vous-même ;
- une éventuelle rente d’invalidité, son montant et sa durée.
Demandez quelle part de la prime finance ces couvertures. Si vous avez surtout besoin de protection, une assurance risque pur, combinée à un 3ème pilier bancaire, peut coûter moins cher. Si vous n’avez personne à protéger, une couverture décès élevée a peu d’intérêt.
Pour une solution bancaire
Les points à vérifier sont différents. Comparez les frais de gestion et de garde, la part d’actions de la stratégie choisie, et le nombre d’années qu’il vous reste avant la retraite : plus l’horizon est court, plus une baisse des marchés est difficile à rattraper.
Pensez aussi au retrait : répartir votre épargne sur plusieurs comptes permet de les retirer sur des années différentes, et de réduire l’impôt. Notre article est-il avantageux d’avoir plusieurs 3èmes piliers ? explique pourquoi.
Au moment de signer
Le questionnaire de santé
En assurance, vous devrez répondre à des questions écrites sur votre santé et vos habitudes. Répondez de manière complète et exacte, même pour ce qui vous semble anodin.
Si vous omettez ou déclarez inexactement un fait important sur lequel l’assureur vous a interrogé, c’est une réticence. L’assureur peut alors résilier le contrat dans les quatre semaines après l’avoir découverte, et refuser de payer les sinistres que ce fait a influencés. Pour une assurance vie rachetable, il reste tenu de vous verser la valeur de rachat, mais la protection que vous pensiez avoir disparaît.
Ne laissez pas un conseiller remplir le questionnaire à votre place sans le relire.
Vos données et la clause bénéficiaire
Relisez l’orthographe de votre nom, votre date de naissance, et les informations sur vos bénéficiaires. Puis vérifiez la clause bénéficiaire : pour un 3ème pilier A, l’ordre est fixé par la loi, et vous ne pouvez le préciser que dans certaines limites. Notre page la clause bénéficiaire du 3ème pilier explique comment la rédiger, en particulier si vous vivez en concubinage.
Les documents à garder
Gardez l’offre, les conditions générales, la police et le tableau des valeurs de rachat. Ce sont eux qui font foi si un désaccord survient dans quinze ans.
Après la signature : 14 jours pour changer d’avis
Pour une assurance, la loi vous donne un droit de révocation de 14 jours. Le délai commence le jour où vous avez proposé ou accepté le contrat. Vous pouvez révoquer par écrit ou par tout moyen qui en laisse une trace écrite, un e-mail par exemple, et il suffit que votre révocation soit envoyée le dernier jour du délai.
Vous n’avez pas à vous justifier. Si vous avez un doute, utilisez ce délai pour relire l’offre au calme, ou pour la faire comparer.
Méfiez-vous des signatures pressées
Un conseiller qui vous pousse à signer le jour même, une offre « valable jusqu’à ce soir », un rendez-vous obtenu après un appel non sollicité : ce sont des signaux à prendre au sérieux. Un bon contrat sera toujours un bon contrat dans une semaine. Notre page sur les appels téléphoniques vantant le 3ème pilier détaille les pratiques à connaître.
Votre situation demande des vérifications en plus
Vous êtes frontalier. Vérifiez d’abord que vous pourrez déduire vos versements. Selon votre canton de travail et votre statut fiscal, ce n’est pas toujours le cas. Notre page un frontalier peut-il souscrire un 3ème pilier ? fait le point.
Vous êtes indépendant. Sans caisse de pension, votre plafond de 3ème pilier A est plus élevé, mais vos revenus sont aussi plus variables. Une prime d’assurance fixe est donc à dimensionner avec prudence. Notre page la prévoyance de l’indépendant vous aide à construire l’ensemble.
Vous approchez de la retraite. Avec moins de dix ans devant vous, un nouveau contrat d’assurance a peu de temps pour amortir ses frais de conclusion. Une solution bancaire est souvent plus adaptée.