Vous savez probablement combien vous gagnez, combien coûte votre loyer ou votre hypothèque, et peut-être combien vous avez sur votre 3ème pilier. Mais savez-vous ce que vous toucheriez si un accident ou une maladie vous empêchait de travailler pendant deux ans ? Ou ce que recevraient vos enfants si vous décédiez demain ?
La plupart des gens ne le savent pas. Et c’est normal : la prévoyance suisse repose sur plusieurs assurances, chacune avec ses règles, ses plafonds et ses délais. L’analyse de prévoyance sert à rassembler toutes ces pièces et à les chiffrer.
Qu’est-ce qu’une analyse de prévoyance ?
C’est un bilan chiffré de votre situation face aux trois grands risques de la vie : l’incapacité de gain, le décès et la vieillesse. Pour chacun, elle répond à deux questions : de combien aurez-vous besoin, et combien toucherez-vous réellement ?
L’écart entre les deux, c’est votre lacune de prévoyance. Il peut aussi arriver que l’analyse montre l’inverse : une surassurance, par exemple deux contrats qui couvrent le même risque, ou une couverture décès bien supérieure à ce dont vos proches auraient besoin. Dans ce cas, vous payez des primes pour rien, et l’analyse vous permet de faire des économies.
Une analyse de prévoyance est forcément personnelle. Deux personnes du même âge, avec le même salaire, n’ont pas les mêmes besoins : l’une est mariée avec trois enfants et une hypothèque, l’autre vit seule et loue un appartement. Votre fortune, vos projets, votre statut professionnel et votre lieu de résidence comptent tout autant que votre salaire.
Les trois risques examinés
L’incapacité de gain
C’est souvent là que les lacunes sont les plus importantes, et les moins connues.
Si vous êtes salarié et que vous avez un accident, l’assurance accidents obligatoire vous verse 80 % de votre salaire assuré, puis, en cas d’invalidité, une rente de 80 % de ce salaire. Mais le salaire assuré est plafonné à 148’200 CHF par an : au-delà, votre revenu n’est pas couvert.
Si vous êtes malade, la situation dépend de votre employeur. La loi l’oblige seulement à vous verser votre salaire pendant une durée limitée, qui dépend de vos années de service. Beaucoup d’employeurs ont conclu une assurance perte de gain maladie, qui verse en général 80 % du salaire pendant 720 jours, mais elle n’est pas obligatoire. Ensuite, si vous restez invalide, ce sont l’AI et votre caisse de pension qui prennent le relais, avec des montants souvent bien inférieurs à votre salaire.
Si vous êtes indépendant, vous n’avez en principe ni caisse de pension, ni assurance accidents, ni perte de gain obligatoires. Sans couverture privée, il ne vous reste que l’AI. Notre page sur la prévoyance de l’indépendant détaille ce point.
L’analyse calcule votre revenu pendant chaque phase, maladie, accident, invalidité de longue durée, et le compare à vos charges fixes.
Le décès
Si vous décédez, que toucheront votre conjoint et vos enfants ? L’AVS verse des rentes de survivants, la caisse de pension aussi, sous conditions, et l’assurance accidents si le décès est dû à un accident. Mais ces prestations dépendent beaucoup de votre situation.
Votre concubin, par exemple, n’a droit à aucune rente de survivant de l’AVS, et ne touche une rente de votre caisse de pension que si son règlement le prévoit. Notre page mariage ou concubinage détaille ces différences.
L’analyse vérifie que vos proches pourraient garder leur logement, rembourser une éventuelle hypothèque et financer les études des enfants. Elle contrôle aussi que vos clauses bénéficiaires correspondent toujours à ce que vous voulez.
La retraite
L’AVS et la caisse de pension ont pour objectif, ensemble, de maintenir de façon appropriée votre niveau de vie antérieur. Dans les faits, elles couvrent souvent autour de 60 % du dernier salaire, et moins pour les revenus élevés ou les carrières incomplètes. Notre page combien vais-je toucher à la retraite ? donne un exemple chiffré.
L’analyse estime vos rentes futures, l’écart avec le revenu dont vous aurez besoin, et les moyens de le combler. Elle vérifie aussi vos éventuelles années de cotisation AVS manquantes, qui réduisent votre rente à vie : notre page sur l’échelle 44 explique comment la rente est calculée.
👉 Pour vous faciliter la tâche, nous mettons notre simulateur de retraite en ligne à votre disposition.
Comment se déroule une analyse de prévoyance ?
Le premier entretien
Votre conseiller fait connaissance avec votre situation : famille, emploi, revenus, logement, épargne, projets. Il vous indique les documents dont il a besoin, et vous explique ce que l’analyse va calculer.
L’analyse
Votre conseiller rassemble les prestations de chaque assurance, AVS, AI, caisse de pension, assurance accidents, perte de gain, contrats privés, et calcule ce que vous toucheriez dans chaque situation. Il les compare à vos besoins.
Le deuxième entretien
Il vous présente les résultats : vos revenus en cas d’incapacité de gain, de décès et à la retraite, face à vos besoins. Il vous propose ensuite des pistes concrètes, que vous restez libre de suivre ou non.
Deux entretiens suffisent en général. Ils se font en personne : votre prévoyance, c’est la sécurité de votre famille et votre retraite, et cela mérite de s’asseoir à la même table, documents en main.
Les documents à préparer
- votre certificat de prévoyance de la caisse de pension, que vous recevez chaque année de votre employeur ou de la caisse ;
- un extrait de votre compte individuel AVS, que vous pouvez demander gratuitement à votre caisse de compensation ;
- vos polices de 3ème pilier et d’assurance vie, et les relevés de vos comptes 3a ;
- votre dernière déclaration d’impôts ou votre avis de taxation ;
- si vous êtes propriétaire, votre contrat hypothécaire ;
- si vous êtes indépendant, vos derniers comptes ou votre revenu déclaré à l’AVS.
Si vous n’avez pas tout, ce n’est pas grave : votre conseiller vous aidera à retrouver ce qui manque.
Quelles recommandations à la fin de l’analyse ?
Elles dépendent entièrement de votre situation. Voici les plus fréquentes.
Racheter des années dans votre caisse de pension, si votre certificat montre un potentiel de rachat. Vous améliorez votre retraite et vous déduisez le rachat de votre revenu imposable. Notre page sur le rachat du 2ème pilier en détaille les conditions.
Ouvrir ou compléter un 3ème pilier, pour combler la lacune de retraite et réduire vos impôts. Notre page sur le pilier 3a en présente le fonctionnement.
Couvrir le risque d’incapacité de gain, avec une rente d’incapacité de gain ou la libération du paiement des primes. Notre page sur les garanties complémentaires les présente.
Protéger vos proches en cas de décès, avec une assurance risque pur ou une assurance vie, en particulier si vous avez une hypothèque ou des enfants.
Supprimer ce qui fait doublon, si deux contrats couvrent le même risque.
Préparer un projet, comme l’achat d’un logement, en utilisant votre 2ème ou votre 3ème pilier sans fragiliser votre prévoyance : notre page sur le financement immobilier avec le 3ème pilier en parle.
Quand faire une analyse de prévoyance ?
Il n’est jamais trop tôt. Plus vous vous y prenez tôt, plus vous avez de temps et de moyens pour combler une lacune, et moins les couvertures coûtent cher, puisque les primes de risque augmentent avec l’âge.
Certains moments s’y prêtent particulièrement :
- un mariage, ou le début d’une vie commune, puisque les droits des concubins sont très différents ;
- la naissance d’un enfant ;
- l’achat d’un logement, surtout avec une hypothèque ;
- un changement d’emploi, ou le passage à une activité indépendante ;
- un divorce ou une séparation, qui modifie le partage du 2ème pilier et les bénéficiaires : voir notre page sur le 3ème pilier en cas de divorce ;
- un héritage, ou le décès d’un proche ;
- une dizaine d’années avant la retraite, pour préparer les rachats, l’échelonnement des retraits et le choix entre rente et capital.
En dehors de ces moments, refaire le point tous les quelques années permet de vérifier que votre prévoyance suit l’évolution de votre vie.