Partir à 60 ou 62 ans plutôt qu’à 65 : beaucoup y pensent, pour profiter de la vie, accompagner un proche, ou parce que le corps ne suit plus. Certains y sont aussi poussés, par une restructuration ou un licenciement en fin de carrière.
Dans tous les cas, la question est la même : de quoi allez-vous vivre pendant les années qui vous séparent de l’âge de référence, et combien la retraite anticipée vous coûtera-t-elle ensuite, chaque mois, à vie ?
L’âge de référence, point de départ du calcul
L’âge de référence est de 65 ans pour les hommes. Pour les femmes, il passe progressivement de 64 à 65 ans :
| Année de naissance | Âge de référence |
| 1960 et avant | 64 ans |
| 1961 | 64 ans et 3 mois |
| 1962 | 64 ans et 6 mois |
| 1963 | 64 ans et 9 mois |
| 1964 et après | 65 ans |
Tout ce qui suit se calcule à partir de cet âge. Notre page l’âge de la retraite en Suisse détaille les règles.
Anticiper la rente AVS
À partir de quel âge ?
Vous pouvez toucher votre rente AVS au plus tôt dès le mois qui suit vos 63 ans. Les femmes nées entre 1961 et 1969 peuvent encore l’anticiper dès 62 ans. L’anticipation se calcule en mois, pas seulement en années entières.
Ce que ça coûte
La rente est réduite à vie, y compris après l’âge de référence :
| Anticipation | Réduction de la rente |
| 6 mois | 3,4 % |
| 1 an | 6,8 % |
| 2 ans | 13,6 % |
Concrètement, pour une personne qui aurait droit à la rente maximale de 2’520 CHF par mois en 2026, anticiper de deux ans coûte environ 343 CHF par mois, jusqu’à la fin de sa vie. Les femmes nées entre 1961 et 1969 bénéficient de taux de réduction plus favorables, qui dépendent de leur revenu.
Anticiper seulement une partie
Vous pouvez aussi n’anticiper qu’une partie de votre rente, entre 20 % et 80 %, et toucher le reste à l’âge de référence. C’est une bonne solution pour une retraite progressive, si vous réduisez votre temps de travail sans arrêter complètement.
Les montants de la rente et ce qui la détermine sont expliqués dans notre page le 1er pilier.
Vous devez continuer à cotiser
C’est le point le plus souvent oublié. Si vous arrêtez de travailler avant l’âge de référence, vous restez soumis à l’AVS, et vous devez payer des cotisations comme personne sans activité lucrative, calculées sur votre fortune et sur vos rentes, jusqu’à l’âge de référence. Ces cotisations sont dues même si vous touchez déjà votre rente AVS anticipée.
Si vous êtes marié et que votre conjoint travaille encore, vous êtes en règle générale dispensé de cotiser s’il verse au moins le double de la cotisation minimale. Annoncez-vous à votre caisse de compensation dès votre départ, pour éviter des lacunes et des rappels.
Anticiper votre 2ème pilier
Dès 58 ans, selon votre caisse
La plupart des caisses de pension permettent une retraite anticipée entre 58 et 60 ans. Les conditions exactes, l’âge minimal et les délais pour annoncer votre départ figurent dans le règlement de votre caisse : c’est le premier document à lire.
Une rente plus faible
Partir plus tôt réduit votre rente de deux façons. Votre avoir de vieillesse est plus petit, puisque vous cotisez moins longtemps et qu’il produit moins d’intérêts. Et il est converti en rente à un taux plus bas, parce que la rente sera versée plus longtemps. L’effet cumulé peut être important : demandez à votre caisse une simulation à 60, 62 et 65 ans.
Rente, capital et rachat
Vous pouvez en général choisir entre une rente, un capital ou une combinaison des deux, selon le règlement. Si vous visez une retraite anticipée, certaines caisses permettent de racheter des cotisations supplémentaires pour la financer, en plus du rachat ordinaire. Ces rachats sont déductibles, mais bloqués trois ans pour un retrait en capital. Notre article rachat du 2ème pilier : est-ce avantageux ? explique les règles.
La rente transitoire
Certaines caisses de pension ou certains employeurs proposent une rente transitoire, parfois appelée rente-pont AVS, versée jusqu’au moment où l’AVS prend le relais. Selon le règlement, elle est financée par l’employeur, par vous, ou par une réduction de votre rente de vieillesse. Renseignez-vous : c’est souvent ce qui rend une retraite anticipée possible.
Dans certaines branches, une fondation de branche finance la retraite anticipée. C’est le cas du secteur principal de la construction, où la FAR verse une rente transitoire jusqu’à l’âge de la retraite, sous conditions. Si vous travaillez dans un secteur couvert par une convention collective, vérifiez si une solution de ce type existe.
Si vous perdez votre emploi après 58 ans
Si vous êtes licencié après 58 ans, vous pouvez demander à rester assuré dans votre caisse de pension, au lieu de transférer votre avoir sur un compte de libre passage. Vous payez alors vous-même toutes les cotisations, y compris la part de l’employeur, ou seulement une partie si vous réduisez la couverture. C’est utile si vous souhaitez toucher une rente plutôt qu’un capital.
Attention aussi au chômage : une rente de vieillesse anticipée est prise en compte dans le calcul des indemnités, qui sont alors réduites. Faites le calcul avant de demander une rente anticipée si vous cherchez encore un emploi.
Les règles du 2ème pilier sont détaillées dans notre page dans quels cas puis-je retirer mon 2ème pilier ?
Utiliser votre 3ème pilier
Le 3ème pilier A dès 60 ans
Votre 3ème pilier A peut être retiré dès cinq ans avant l’âge de référence, soit en général dès 60 ans. C’est souvent lui qui finance les premières années sans salaire. Les conditions sont dans notre page comment retirer son 3ème pilier.
Le 3ème pilier B, à tout moment
Votre épargne libre est disponible quand vous le souhaitez. Une assurance vie arrêtée avant son terme ne vous rend toutefois que sa valeur de rachat : vérifiez l’échéance de vos contrats.
Transformer un capital en revenu
Pour combler les années jusqu’à l’AVS, vous pouvez transformer une partie de votre capital en rente certaine, versée pendant une durée fixe. Pour un revenu garanti à vie, c’est la rente viagère. Notre page la rente viagère compare les deux.
Les impôts : planifier les retraits
Les capitaux de prévoyance sont imposés séparément, à taux réduit, mais tous ceux que vous retirez la même année sont additionnés. Une retraite anticipée est donc le moment de bien répartir vos retraits : votre 2ème pilier en capital une année, vos comptes de 3ème pilier A les années suivantes. Notre page est-il avantageux d’avoir plusieurs 3èmes piliers ? donne un exemple chiffré, et notre page quelle imposition lors du retrait ? le détail du calcul.
Préparer une retraite anticipée : par où commencer
Cinq à dix ans avant. Faites le point sur vos trois piliers : un extrait de votre compte AVS, votre certificat de prévoyance, vos attestations de 3ème pilier. Estimez vos besoins pendant les années sans salaire. C’est le bon moment pour combler une lacune AVS, faire des rachats dans votre caisse de pension, et ouvrir un ou deux comptes de 3ème pilier supplémentaires.
Trois ans avant. Arrêtez les rachats si vous voulez prendre votre 2ème pilier en capital. Demandez des simulations précises à votre caisse de pension, et renseignez-vous sur une éventuelle rente transitoire.
L’année du départ. Annoncez votre départ dans les délais de votre caisse et de votre employeur, choisissez entre rente et capital, demandez votre rente AVS anticipée trois à quatre mois avant la date souhaitée, et inscrivez-vous comme personne sans activité lucrative auprès de votre caisse de compensation.
Et si vous êtes frontalier ?
Les règles suisses s’appliquent à vos droits suisses : vous pouvez anticiper votre rente AVS et votre 2ème pilier dans les mêmes conditions, et votre rente AVS vous sera versée en France. Votre retraite française suit ses propres règles et son propre calendrier : un départ anticipé côté suisse ne vous ouvre pas automatiquement vos droits en France. Faites le point des deux côtés avant de décider.
Notre page un frontalier peut-il souscrire un 3ème pilier ? traite de la prévoyance suisse des frontaliers, et notre article que se passe-t-il si je veux prendre ma retraite à l’étranger ? des retraités qui quittent la Suisse.
La retraite progressive : une alternative
Arrêter d’un coup n’est pas la seule option. Vous pouvez réduire progressivement votre temps de travail, et combiner un salaire partiel avec une rente AVS partiellement anticipée et, si votre caisse le permet, une retraite partielle du 2ème pilier. Vous gardez un revenu, vous continuez à cotiser, et la réduction de vos rentes est moins forte.
À l’inverse, si vous vous sentez bien au travail, rester au-delà de l’âge de référence augmente vos rentes. Notre article puis-je travailler après l’âge de la retraite ? explique comment.