Le jour où vous vous mettez à votre compte, vous gagnez en liberté, et vous perdez un filet de sécurité dont vous ne mesuriez peut-être pas l’importance. Plus d’employeur qui cotise pour vous à une caisse de pension, plus de couverture automatique en cas d’invalidité ou de décès.
Votre prévoyance devient votre affaire. La bonne nouvelle, c’est que les outils existent, et qu’ils sont fiscalement avantageux. Encore faut-il les choisir et les combiner en connaissance de cause.
Le 1er pilier : l’AVS reste obligatoire
Comme tout actif en Suisse, vous cotisez à l’AVS, à l’AI et aux APG. En tant qu’indépendant, vous payez la totalité des cotisations vous-même : 10 % de votre revenu d’activité. Un barème dégressif s’applique aux revenus plus modestes, et une cotisation minimale est due même pour un très petit revenu. Votre caisse de compensation vous indique le montant exact.
L’AVS ne vous versera qu’une rente de base, plafonnée. Pour la plupart des indépendants, elle ne suffit pas à maintenir le niveau de vie à la retraite. Pour comprendre comment elle est calculée, lisez notre page sur le premier pilier.
Le 2ème pilier : facultatif, mais souvent intéressant
Où s’affilier ?
Si vous n’avez pas d’employés, vous pouvez vous affilier volontairement à une institution de prévoyance, par l’intermédiaire de votre association professionnelle, ou à l’Institution supplétive LPP. Les contrats durent en général au moins trois ans. Si vous employez du personnel, vous devez l’affilier à une caisse de pension, et vous pouvez en général vous affilier à la même.
Les frais varient beaucoup d’une institution à l’autre : selon UBS, les écarts de frais de risque et de frais administratifs peuvent atteindre 30 %. Comparer vaut la peine.
Les avantages
Le 2ème pilier facultatif vous offre une couverture complète en cas d’invalidité et de décès, avec des prestations pour vos survivants. Vos cotisations sont déductibles, et vous pouvez ensuite racheter des années de cotisation pour combler vos lacunes, ce qui est également déductible. Pour un revenu élevé, la capacité de déduction dépasse largement celle du 3ème pilier A.
Les contraintes
Vous vous engagez pour plusieurs années. L’argent est bloqué jusqu’à la retraite, sauf dans les cas prévus par la loi. Et une fois affilié, votre plafond de 3ème pilier A passe au petit montant, celui des salariés.
Le fonctionnement d’une caisse de pension est détaillé dans notre page sur le 2ème pilier.
Le 3ème pilier : le grand plafond des indépendants
Le 3ème pilier A
Sans caisse de pension, vous pouvez verser chaque année jusqu’à 20 % de votre revenu net d’activité sur un 3ème pilier A, dans la limite d’un plafond bien plus élevé que celui des salariés. Tout est déductible de votre revenu imposable. Les montants de l’année sont sur notre page montant maximum du 3ème pilier.
Le revenu à prendre en compte est votre bénéfice net, après les cotisations AVS, AI et APG. Une année déficitaire ne donne droit à aucune déduction.
Vous pouvez choisir un 3ème pilier A en banque, pour sa souplesse, ou en assurance, pour la couverture des risques qu’il intègre. Nous comparons les deux dans notre page 3ème pilier en banque ou en assurance ?
Le 3ème pilier B
Au-delà du plafond, ou si vous voulez garder votre argent disponible, le 3ème pilier B n’a ni plafond ni blocage. Il n’est en général pas déductible, sauf pour les primes d’assurance vie à Genève et à Fribourg.
2ème pilier facultatif ou 3ème pilier A ?
C’est la grande question des indépendants, et la réponse dépend surtout de votre revenu et de votre besoin de souplesse.
| 2ème pilier facultatif | 3ème pilier A (grand plafond) |
| Déduction possible | Élevée, rachats compris | Jusqu’à 20 % du revenu net, avec un plafond |
| Couverture invalidité et décès | Comprise | Seulement si vous la souscrivez (assurance) |
| Souplesse | Engagement sur plusieurs années | En banque, versements libres chaque année |
| Disponibilité de l’argent | Bloqué jusqu’à la retraite, sauf exceptions | Bloqué jusqu’à la retraite, sauf exceptions |
| Pour qui ? | Revenus élevés et stables | Revenus moyens ou irréguliers |
UBS juge l’affiliation volontaire avantageuse dans de nombreux cas, en particulier pour les hauts revenus. Le 3ème pilier A, lui, est plus simple et s’adapte mieux à des revenus qui varient d’une année à l’autre.
Les deux peuvent aussi se combiner, mais une fois affilié à une caisse de pension, vous ne pourrez plus verser que le petit montant sur votre 3ème pilier A.
La couverture des risques : le point le plus souvent oublié
Sans 2ème pilier, si vous devenez invalide, vous ne touchez que la rente de l’AI. Si vous décédez, vos proches ne reçoivent que les rentes de survivants de l’AVS, s’ils y ont droit.
C’est souvent un écart considérable avec ce que recevrait la famille d’un salarié. Si vous ne vous affiliez pas à une caisse de pension, une couverture séparée est presque indispensable :
- une assurance risque pur en cas de décès, pour protéger votre conjoint et vos enfants ;
- une assurance en cas d’incapacité de gain, qui vous verse une rente si vous ne pouvez plus travailler ;
- dans un 3ème pilier en assurance, l’option de libération du paiement des primes, pour que votre épargne continue même si vous tombez malade.
Les indépendants qui créent une Sàrl ou une SA
Si vous exercez à travers une Sàrl ou une SA, vous êtes juridiquement salarié de votre société. Vous êtes alors soumis au 2ème pilier obligatoire comme n’importe quel salarié, dès que votre salaire dépasse le seuil d’entrée, et c’est le petit plafond du 3ème pilier A qui s’applique.
Vous devenez indépendant : votre 2ème pilier
Si vous quittez un emploi salarié pour vous mettre à votre compte en raison individuelle ou en société de personnes, vous pouvez retirer votre 2ème pilier et votre 3ème pilier A, à condition de le demander dans l’année qui suit le début de votre activité. Ce retrait a des conséquences lourdes sur votre retraite et votre couverture : nous les détaillons dans notre page retirer son 2ème pilier pour devenir indépendant.
Si vous gardez une activité salariée à côté, notre article être à la fois salarié et indépendant explique comment fonctionne votre prévoyance.
Et si vos revenus baissent ?
Avec un 3ème pilier en banque, vous ajustez simplement vos versements, ou vous les suspendez. Avec une assurance à prime fixe, c’est plus délicat : demandez à votre assureur s’il est possible de réduire temporairement la prime, en sachant que le capital final sera plus faible. Résilier peut coûter cher, car vous ne récupérez que la valeur de rachat.
C’est une raison de plus, pour un indépendant aux revenus irréguliers, de choisir une prime qu’il pourra tenir même lors d’une mauvaise année.