Chaque année, vous recevez un certificat de votre caisse de pension, rempli de chiffres que peu de gens lisent jusqu’au bout. Et la plupart des salariés ne savent pas combien d’années de cotisation AVS leur manquent. Pourtant, c’est avec ces deux documents que se calcule une bonne partie de votre future retraite.
Le système suisse est souvent présenté comme l’un des plus solides au monde. Il est aussi l’un des plus difficiles à suivre, parce que chaque pilier a sa logique, ses règles et ses organismes. Voici comment ils s’articulent, et ce que cela signifie pour vous.
Le système des trois piliers en un coup d’œil
| 1er pilier | 2ème pilier | 3ème pilier |
| Nom | AVS et AI (prévoyance étatique) | Prévoyance professionnelle, LPP, caisse de pension | Prévoyance privée (3a et 3b) |
| Objectif | Couvrir les besoins de base | Conserver dans une large mesure le niveau de vie antérieur | Couvrir des besoins individuels supplémentaires |
| Obligatoire ? | Oui | Oui pour la plupart des salariés | Non |
| Financement | Répartition : les actifs financent les rentes des retraités | Capitalisation : chaque assuré épargne pour lui-même | Épargne personnelle, en banque ou en assurance |
| Ce qu’il verse | Une rente | Une rente, un capital, ou les deux | Un capital, en principe |
Le 1er pilier : l’AVS et l’AI
Le 1er pilier regroupe l’assurance vieillesse et survivants (AVS) et l’assurance invalidité (AI). Son rôle est d’assurer un revenu minimum pour couvrir les besoins vitaux de toute la population.
Qui cotise, et comment c’est financé
Si vous travaillez en Suisse, vous cotisez à l’AVS sur votre salaire, et votre employeur aussi. Les personnes sans activité lucrative doivent également cotiser, dès le 1er janvier qui suit leurs 20 ans.
L’AVS fonctionne par répartition : les cotisations des actifs d’aujourd’hui paient les rentes des retraités d’aujourd’hui. C’est aussi un système solidaire, puisque les personnes qui gagnent plus paient davantage de cotisations, alors que la rente, elle, est plafonnée.
Ce qui détermine votre rente
Pour toucher une rente complète, vous devez avoir cotisé chaque année, sans interruption, depuis le 1er janvier qui suit vos 20 ans jusqu’à l’âge de référence. Cela représente 44 années de cotisation. L’âge de référence est de 65 ans pour les hommes, et il passe progressivement à 65 ans pour les femmes, un niveau atteint en 2028.
Chaque année manquante réduit votre rente d’au moins 1/44 : vous touchez alors une rente partielle. Les années passées à l’étranger, une arrivée tardive en Suisse ou des cotisations oubliées pendant une période sans emploi en sont les causes les plus fréquentes. Certaines lacunes peuvent être comblées, dans une mesure limitée, par les années de cotisation effectuées entre 18 et 20 ans.
Le montant de la rente dépend ensuite de vos revenus moyens pendant votre carrière, avec un plafond. S’y ajoute une 13e rente AVS, versée une fois par an en décembre, en plus des douze rentes mensuelles. Le premier versement a lieu en décembre 2026.
Pour savoir où vous en êtes, demandez un extrait de votre compte individuel à votre caisse de compensation : il récapitule vos années de cotisation et vos revenus enregistrés. Nous détaillons le fonctionnement de l’AVS dans notre page sur le premier pilier, et la manière d’estimer votre rente dans notre article calculez votre rente AVS.
Quand l’AVS ne suffit pas
Si votre rente et vos autres revenus ne couvrent pas vos besoins vitaux, vous pouvez avoir droit aux prestations complémentaires (PC). Elles font partie du 1er pilier, doivent assurer votre subsistance, et se demandent auprès de l’organe compétent de votre canton.
Le 2ème pilier : la prévoyance professionnelle
Le 2ème pilier complète l’AVS. Son but est de vous permettre de conserver, dans une large mesure, le niveau de vie que vous aviez avant la retraite.
Qui est concerné
Le 2ème pilier est obligatoire si vous êtes salarié, âgé d’au moins 17 ans, et que votre salaire annuel dépasse un seuil fixé par la loi et adapté régulièrement. En dessous, votre employeur peut vous assurer volontairement. Si vous êtes indépendant, vous n’êtes pas obligé de vous affilier, mais vous pouvez le faire volontairement.
Les cotisations sont partagées entre vous et votre employeur, qui doit en payer au moins la moitié. Elles sont prélevées directement sur votre salaire.
Comment ça fonctionne
Contrairement à l’AVS, le 2ème pilier fonctionne par capitalisation : vos cotisations et celles de votre employeur sont épargnées et placées à votre nom, dans votre caisse de pension. C’est votre avoir de vieillesse.
À la retraite, cet avoir est converti en rente, à l’aide d’un taux de conversion, ou versé en capital, selon le règlement de votre caisse et votre choix. Pour la partie obligatoire de l’avoir, le taux de conversion minimal est de 6,8 % : 100’000 francs d’avoir donnent droit à une rente annuelle de 6’800 francs. La réforme qui prévoyait de l’abaisser à 6 % a été rejetée en votation le 22 septembre 2024. Pour la partie surobligatoire, les caisses fixent librement leur taux, qui peut être plus bas.
Le 2ème pilier ne sert pas qu’à la retraite. Il verse aussi des prestations en cas d’invalidité, et à vos survivants en cas de décès : rente de veuf ou de veuve sous conditions, ou capital, et rente d’orphelin.
Les documents et les décisions qui comptent
Votre certificat de prévoyance annuel indique votre avoir, vos prestations projetées et votre potentiel de rachat. C’est la base de presque toutes les décisions sur votre 2ème pilier :
Pour une vue d’ensemble, consultez notre page sur le deuxième pilier.
Le 3ème pilier : la prévoyance privée
Le 3ème pilier n’est pas obligatoire. C’est l’épargne que vous constituez vous-même pour couvrir des besoins que les deux premiers piliers ne couvrent pas. Il se divise en deux.
Le 3ème pilier A, ou prévoyance liée
C’est un compte ou un contrat bloqué jusqu’à la retraite, sauf exceptions prévues par la loi. En échange, vos versements sont déductibles de votre revenu imposable, dans la limite d’un plafond fixé chaque année. Ce plafond est plus élevé si vous n’avez pas de caisse de pension. Il est réservé aux personnes qui ont un revenu soumis à l’AVS.
Les plafonds de l’année sont sur notre page montant maximum du 3ème pilier, et le mécanisme de la déduction est expliqué dans notre article sur la déduction fiscale du 3ème pilier.
Pour tout savoir sur le 3ème pilier A, lisez notre page le pilier 3a
Le 3ème pilier B, ou prévoyance libre
C’est toute autre forme d’épargne pour l’avenir : compte d’épargne, placements, assurance vie. Ouvert à tous, sans plafond et sans condition de retrait, il n’offre en général pas d’avantage fiscal, sauf pour les primes d’assurance vie à Genève et à Fribourg. Tout est détaillé dans notre page sur le 3ème pilier B.
Les choix à faire
Ouvrir un 3ème pilier, c’est surtout faire trois choix : entre le 3ème pilier A et le 3ème pilier B, entre une banque et une assurance, et sur le montant à verser chaque année. Le jour venu, il faudra aussi retirer votre 3ème pilier en tenant compte de l’impôt sur le retrait.
Ce que les deux premiers piliers vous verseront vraiment
Ensemble, l’AVS et le 2ème pilier vous assurent un revenu d’environ 60 % de celui que vous gagniez avant la retraite. C’est l’ordre de grandeur donné par la Confédération pour une carrière complète.
Concrètement, si vous gagnez 6’000 francs par mois, il faut vous attendre à environ 3’600 francs une fois à la retraite, alors que certaines dépenses ne baissent pas : loyer ou charges du logement, primes d’assurance maladie, impôts.
Et ces 60 % supposent une carrière sans accident de parcours. Une lacune AVS, des années à temps partiel ou une période d’indépendance sans caisse de pension font baisser ce chiffre. C’est cet écart que le 3ème pilier sert à combler. Pour estimer le vôtre, lisez notre article combien vais-je toucher à la retraite ?
Les situations qui fragilisent votre prévoyance
Certaines trajectoires créent des lacunes dans plusieurs piliers à la fois. Mieux vaut les repérer tôt, tant qu’il est encore temps d’agir.
Vous êtes arrivé en Suisse après vos 20 ans. Chaque année sans cotisation AVS réduit votre rente. Si vous avez travaillé dans un pays de l’Union européenne ou de l’AELE, ces années peuvent toutefois vous donner droit à une rente de ce pays, dès lors que vous y avez été assuré au moins un an.
Vous avez travaillé à temps partiel ou interrompu votre carrière. Votre avoir de 2ème pilier progresse moins vite, et peut présenter une lacune de rachat. C’est souvent le cas après des années consacrées aux enfants : notre article mère au foyer : combien allez-vous toucher à la retraite ? fait le point.
Vous êtes indépendant. Sans caisse de pension, vous ne comptez que sur l’AVS et votre 3ème pilier, y compris pour vous couvrir en cas d’invalidité ou de décès. Notre page sur la prévoyance de l’indépendant explique comment vous organiser.
Vous êtes frontalier. Si vous travaillez en Suisse, vous cotisez à l’AVS et, selon votre salaire, à une caisse de pension suisse, comme un résident. Votre accès au 3ème pilier A et à sa déduction dépend en revanche de votre statut fiscal : notre page un frontalier peut-il encore souscrire à un 3ème pilier ? fait le point.
Nous détaillons les moyens de corriger ces situations dans notre article comment éviter les lacunes de prévoyance.
Par où commencer ?
Faire le point sur votre prévoyance prend moins de temps qu’on ne le croit, à condition de procéder dans l’ordre.
Commencez par demander l’extrait de votre compte AVS, pour vérifier qu’il ne vous manque aucune année. Reprenez ensuite votre dernier certificat de caisse de pension : rente projetée, capital projeté, potentiel de rachat. En additionnant les deux rentes, vous saurez à peu près ce qui vous attend, et ce qui vous manque.
C’est seulement à ce moment-là que la question du 3ème pilier se pose vraiment : combien verser, sous quelle forme, et pour couvrir quels risques.