Tout le monde cotise à l’AVS, souvent sans y penser : une ligne sur la fiche de salaire, chaque mois. On s’y intéresse vraiment quelques années avant la retraite, au moment de découvrir le montant de sa rente. Et c’est parfois là que l’on découvre une année manquante, ou que l’on réalise que la rente maximale est bien plus basse qu’on ne l’imaginait.
Mieux vaut comprendre le fonctionnement du 1er pilier tôt, pour combler ce qui peut l’être pendant qu’il est encore temps.
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Le 1er pilier, c’est quoi ?
La prévoyance suisse repose sur trois piliers. Le premier est la prévoyance de l’État. Il regroupe :
- l’AVS, l’assurance-vieillesse et survivants, qui verse les rentes de retraite, de veuve, de veuf et d’orphelin ;
- l’AI, l’assurance-invalidité, qui verse des rentes et finance la réadaptation en cas d’invalidité ;
- les prestations complémentaires (PC), versées quand les rentes et les autres revenus ne couvrent pas les besoins vitaux.
Son but est d’assurer le minimum vital. Le 2ème pilier doit ensuite permettre, avec l’AVS, de maintenir de manière appropriée votre niveau de vie. Le 3ème pilier, facultatif, vient combler ce qui manque.
Qui doit cotiser, et combien ?
Qui est assuré ?
Toute personne qui habite en Suisse ou qui y travaille est assurée à l’AVS, y compris les frontaliers et les personnes sans activité lucrative. Les enfants sont assurés eux aussi, sans cotiser.
Quand commence-t-on à cotiser ?
- Si vous travaillez : dès le 1er janvier qui suit vos 17 ans.
- Si vous ne travaillez pas : dès le 1er janvier qui suit vos 20 ans. C’est le cas des étudiants, par exemple, ou d’un parent au foyer.
L’obligation dure jusqu’à l’âge de référence. Si vous arrêtez de travailler avant, vous continuez de cotiser comme personne sans activité lucrative.
Combien cotise-t-on ?
Pour un salarié, les cotisations AVS, AI et APG représentent 10,6 % du salaire, dont 8,7 % pour l’AVS. Elles sont partagées à parts égales : 5,3 % pour vous, 5,3 % pour votre employeur.
Les indépendants paient seuls leurs cotisations, et les personnes sans activité lucrative cotisent selon leur fortune et leurs rentes. La cotisation minimale est de 530 CHF par an en 2026, et passe à 541 CHF en 2027.
Si vous êtes marié et que vous ne travaillez pas, vous êtes en règle générale dispensé de payer vos propres cotisations si votre conjoint, qui travaille, verse au moins le double de la cotisation minimale.
Si vous continuez à travailler après l’âge de référence, vous cotisez toujours, mais sur la part de votre salaire qui dépasse 16’800 CHF par an.
Comment est financée l’AVS ?
L’AVS fonctionne par répartition : les cotisations payées une année financent directement les rentes de la même année. Il n’y a pas de compte individuel où votre argent s’accumule, comme pour le 2ème ou le 3ème pilier.
Aux cotisations des assurés et des employeurs s’ajoutent une contribution de la Confédération, qui couvre 20,2 % des dépenses, une part de la TVA et l’impôt sur les maisons de jeu.
Combien allez-vous toucher ?
Les montants de la rente de vieillesse
| Rente mensuelle complète | 2026 | Dès 2027 |
| Rente minimale | 1’260 CHF | 1’280 CHF |
| Rente maximale | 2’520 CHF | 2’560 CHF |
| Maximum pour un couple marié (150 %) | 3’780 CHF | 3’840 CHF |
Les rentes sont adaptées en principe tous les deux ans, selon l’évolution des salaires et des prix.
Ce qui détermine votre rente
Votre rente dépend de deux éléments.
La durée de cotisation. Une rente complète suppose d’avoir cotisé sans interruption, du 1er janvier qui suit vos 20 ans jusqu’à la fin de l’année qui précède l’âge de référence, soit 44 ans au maximum. Chaque année manquante réduit votre rente d’au moins un quarante-quatrième, environ 2,3 %, et cela à vie.
Le revenu annuel moyen. Il est calculé sur l’ensemble de votre carrière, et revalorisé. En 2026, il faut un revenu annuel moyen d’au moins 90’720 CHF pour obtenir la rente maximale. Au-delà, la rente n’augmente plus, même si vous cotisez sur un salaire bien plus élevé.
À ce revenu s’ajoutent, selon votre situation, des bonifications pour tâches éducatives, pour les années où vous avez élevé des enfants de moins de 16 ans, et des bonifications pour tâches d’assistance, si vous vous êtes occupé d’un proche dépendant. Elles comptent beaucoup pour les parents qui ont réduit ou arrêté leur activité : notre page mère au foyer, combien allez-vous toucher à la retraite ? détaille leur effet.
Pour un couple marié
Pendant les années de mariage, les revenus des deux époux sont additionnés, puis partagés à parts égales entre eux : c’est le splitting. Il est effectué quand les deux conjoints ont atteint l’âge de référence, en cas de divorce, ou dans certains cas au décès de l’un d’eux.
Les deux rentes d’un couple marié ne peuvent pas dépasser ensemble 150 % de la rente maximale, soit 3’780 CHF par mois en 2026. Ce plafond ne s’applique pas aux couples non mariés.
La 13e rente AVS
Depuis 2026, les bénéficiaires d’une rente de vieillesse reçoivent une 13e rente, versée avec la rente de décembre. Elle correspond à un douzième des rentes de vieillesse de l’année : pour une personne qui touche sa rente depuis au moins janvier, c’est donc un mois de rente en plus. Elle ne concerne pas les rentes de survivants ni les rentes AI.
À quel âge pouvez-vous toucher votre rente ?
L’âge de référence
L’âge de référence est de 65 ans pour les hommes. Pour les femmes, il passe progressivement de 64 à 65 ans :
| Année de naissance | Âge de référence |
| 1960 et avant | 64 ans |
| 1961 | 64 ans et 3 mois |
| 1962 | 64 ans et 6 mois |
| 1963 | 64 ans et 9 mois |
| 1964 et après | 65 ans |
Anticiper ou ajourner
Vous pouvez toucher votre rente plus tôt, au plus tôt dès 63 ans, ou dès 62 ans pour les femmes nées entre 1961 et 1969. La rente est alors réduite à vie, de 6,8 % pour un an d’anticipation et de 13,6 % pour deux ans. Les femmes nées entre 1961 et 1969 bénéficient de taux de réduction plus favorables, selon leur revenu.
À l’inverse, vous pouvez ajourner votre rente d’un à cinq ans. Elle est alors augmentée à vie, de 5,2 % pour un an jusqu’à 31,5 % pour cinq ans.
Vous pouvez aussi n’anticiper ou n’ajourner qu’une partie de votre rente, entre 20 % et 80 %. C’est utile pour une retraite progressive, par exemple en réduisant votre temps de travail.
Notre page combien vais-je toucher à la retraite ? vous aide à mettre ces chiffres en perspective avec vos autres revenus. Et prendre une retraite anticipée reste toujours possible !
La rente n’est pas versée automatiquement
Vous devez la demander vous-même, avec le formulaire de demande de rente de vieillesse, auprès de la caisse de compensation qui a encaissé vos dernières cotisations. Le plus prudent est de le faire trois à quatre mois avant l’âge de référence, ou avant la date d’anticipation souhaitée, car le calcul prend du temps.
Si vous vivez à l’étranger au moment de la retraite, c’est la Caisse suisse de compensation, à Genève, qui s’occupe de votre rente.
Décès et invalidité : l’AVS protège aussi vos proches
Les rentes de survivants
Si vous décédez, votre conjoint et vos enfants peuvent recevoir une rente.
La rente de veuve est versée si la veuve a au moins un enfant au moment du décès, ou si elle a au moins 45 ans et a été mariée au moins cinq ans. En 2026, la rente complète va de 1’008 à 2’016 CHF par mois. Les règles pour les veufs sont plus restrictives et sont en train d’évoluer, à la suite de décisions de justice.
La rente d’orphelin est versée jusqu’aux 18 ans de l’enfant, et jusqu’à 25 ans au plus s’il est en formation. Elle va de 504 à 1’008 CHF par mois en 2026.
Les concubins, eux, ne reçoivent aucune rente de survivant de l’AVS. Si vous vivez en couple sans être mariés, une assurance risque pur et une clause bénéficiaire bien rédigée sont les seuls moyens de protéger votre partenaire.
L’assurance-invalidité
Si une maladie ou un accident vous empêche durablement de travailler, l’AI intervient, en priorité par des mesures de réadaptation, puis par une rente si nécessaire. Comme pour l’AVS, ses montants sont limités : ils couvrent rarement le revenu perdu.
Les lacunes de cotisation : les repérer et les combler
Comment savoir si vous avez une lacune ?
Demandez un extrait de votre compte individuel à votre caisse de compensation. Il est gratuit, et il liste toutes les années pour lesquelles des cotisations ont été enregistrées. Le faire tous les quelques ans permet de repérer une erreur ou une année oubliée pendant qu’il est encore possible de la corriger.
Les situations à risque sont connues : un séjour à l’étranger, des études prolongées après 20 ans sans payer la cotisation minimale, une année sabbatique, une période sans emploi ni inscription au chômage.
Peut-on rattraper une année manquante ?
Oui, mais seulement dans les cinq ans. Au-delà, la lacune devient définitive. Il existe quelques possibilités de compensation, par exemple avec les années de cotisation effectuées entre 17 et 20 ans, et, depuis 2024, en continuant à travailler et à cotiser après l’âge de référence, sous conditions.
Estimer votre future rente
Vous pouvez obtenir une estimation de votre rente en ligne, avec le calculateur de rente AVS, ou demander un calcul anticipé à votre caisse de compensation, qui tiendra compte de vos cotisations réelles.
Peut-on retirer son 1er pilier ?
Non. Contrairement au 2ème et au 3ème pilier, l’AVS ne se verse qu’en rente, jamais en capital. On ne peut pas la retirer pour acheter un logement ou se mettre à son compte.
La seule exception concerne les ressortissants de certains pays qui quittent définitivement la Suisse : s’ils ne sont pas citoyens de l’Union européenne et que leur pays n’a pas de convention de sécurité sociale avec la Suisse, ou une convention qui prévoit ce remboursement, ils peuvent demander le remboursement de leurs cotisations.
Pour votre 2ème pilier, les possibilités de retrait sont expliquées dans notre page dans quels cas puis-je retirer mon 2ème pilier ?
Pourquoi l’AVS ne suffit pas
Prenons le cas le plus favorable : une personne seule, carrière complète, revenu suffisant pour la rente maximale. Elle touchera 2’520 CHF par mois en 2026, plus la 13e rente. C’est la limite haute. Avec un salaire de 8’000 CHF par mois, la rente AVS ne représente donc qu’environ un tiers du revenu.
C’est pour cela que le système suisse ajoute deux piliers :
- le 2ème pilier, obligatoire pour les salariés à partir d’un certain revenu, qui complète l’AVS. Les indépendants n’y sont pas soumis, et c’est pour eux un vrai risque : notre page la prévoyance de l’indépendant fait le point ;
- le 3ème pilier, facultatif, qui vous permet d’épargner pour votre retraite tout en réduisant vos impôts.
Le 3ème pilier A est plafonné chaque année : les montants sont sur notre page montant maximum du 3ème pilier. Pour choisir entre une solution bancaire et une assurance, lisez notre page 3ème pilier en banque ou en assurance ?
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