Beaucoup de couples vivent ensemble sans se marier, parfois depuis des années, avec des enfants et un logement commun. Au quotidien, cela ne change pas grand-chose. Mais la prévoyance suisse a été construite autour du mariage, et c’est au moment d’un décès, d’une séparation ou de la retraite que les différences apparaissent.
Nous faisons le point, pilier par pilier, puis sur la succession et les impôts. À chaque étape, vous trouverez ce que vous pouvez faire pour protéger votre partenaire.
Un mot sur le partenariat enregistré : depuis l’ouverture du mariage à tous les couples, le 1er juillet 2022, il n’est plus possible d’en conclure un nouveau. Les partenariats existants restent valables, et ils sont traités comme un mariage pour la prévoyance. Tout ce que nous disons ici des couples mariés vaut donc aussi pour eux.
Mariage ou concubinage : le résumé
| Couple marié | Concubins |
| Rentes AVS du couple | Plafonnées à 150 % de la rente maximale | Deux rentes complètes possibles |
| Cotisations AVS d’un partenaire sans activité | Souvent couvertes par celles de l’autre | Cotisation minimale à payer soi-même |
| Rente de survivant AVS | Oui, sous conditions | Non (les enfants touchent une rente d’orphelin) |
| Rente de survivant du 2ème pilier | Oui, sous conditions | Seulement si le règlement de la caisse le prévoit |
| 3ème pilier A au décès | Le conjoint passe en premier | Après cinq ans de vie commune ou avec un enfant commun |
| 2ème pilier en cas de séparation | Partagé lors du divorce | Aucun partage |
| Héritage sans testament | Oui | Non |
| Impôt sur la succession | Exonéré dans les cantons | Souvent élevé, selon le canton |
Le 1er pilier : avantage aux concubins, sauf au décès
Les rentes de vieillesse
C’est le point où le concubinage est le plus favorable. Chaque concubin touche sa propre rente AVS, calculée sur ses années de cotisation et ses revenus, sans limite pour le couple. Deux concubins qui ont tous deux droit à la rente maximale touchent donc deux rentes complètes.
Pour un couple marié, la somme des deux rentes est plafonnée à 150 % de la rente individuelle maximale, soit 3’780 CHF par mois en 2026 au lieu de 5’040 CHF. Le plafonnement ne joue que si les deux rentes additionnées dépassent ce montant, ce qui concerne surtout les couples où les deux ont travaillé longtemps. Une initiative populaire du Centre veut supprimer ce plafond, mais elle n’a pas encore été soumise au vote.
Notre page sur le 1er pilier détaille le calcul de la rente.
Les cotisations
Le mariage a un avantage souvent oublié. Si l’un des époux n’exerce pas d’activité lucrative, ses cotisations AVS sont considérées comme payées dès que l’autre verse au moins le double de la cotisation minimale. Un concubin sans activité, lui, doit cotiser en tant que personne sans activité lucrative, au moins la cotisation minimale chaque année. S’il l’oublie, il crée des lacunes qui réduiront sa rente à vie.
Pendant le mariage, les revenus des deux époux sont aussi additionnés puis partagés à parts égales pour le calcul des rentes. C’est une protection pour celui qui a réduit son activité, par exemple pour s’occuper des enfants. Un concubin dans la même situation garde uniquement ses propres revenus. Notre page mère au foyer : combien allez-vous toucher à la retraite ? explique ce qui compte dans ce cas.
Au décès
Le rapport s’inverse. Le conjoint survivant peut toucher une rente de veuve ou de veuf, sous conditions : une veuve y a droit si elle a des enfants, ou si elle a au moins 45 ans et a été mariée cinq ans au moins ; un veuf, seulement s’il a des enfants. Le concubin survivant, lui, n’a droit à rien, quelle que soit la durée de la vie commune.
Les enfants, en revanche, sont protégés de la même façon que leurs parents soient mariés ou non : ils touchent une rente d’orphelin jusqu’à 18 ans, ou jusqu’à 25 ans s’ils sont en formation.
Une réforme des rentes de survivants est en cours au Parlement. Elle lierait la rente à la présence d’enfants plutôt qu’à l’état civil, et pourrait ouvrir des droits aux parents non mariés. Tant qu’elle n’est pas adoptée, ce sont les règles ci-dessus qui s’appliquent.
Le 2ème pilier : tout dépend de votre caisse de pension
Pour un couple marié
Le conjoint survivant a droit à une rente de la caisse de pension s’il a au moins un enfant à charge, ou s’il a 45 ans ou plus et que le mariage a duré au moins cinq ans. S’il ne remplit pas ces conditions, il reçoit un capital égal à trois rentes annuelles. Beaucoup de caisses vont plus loin que ce minimum légal.
Pour des concubins
La loi permet aux caisses de pension de verser une prestation au concubin survivant, mais ne les y oblige pas. Si le règlement le prévoit, il faut en général que vous ayez vécu ensemble au moins cinq ans sans interruption avant le décès, ou que votre partenaire doive entretenir un enfant commun. Beaucoup de caisses exigent aussi que vous ayez annoncé votre partenaire par écrit, de votre vivant.
Ce que nous vous conseillons :
- lisez le règlement de votre caisse, ou demandez à votre employeur ce qu’il prévoit pour les concubins ;
- déclarez votre partenaire par écrit si la caisse le demande, et refaites la démarche à chaque changement d’emploi, puisque vous changez de caisse ;
- si la caisse ne prévoit rien, protégez votre partenaire autrement, avec une assurance risque pur ou une assurance vie du 3ème pilier B.
Pour un avoir placé sur un compte de libre passage, le concubin peut aussi figurer parmi les bénéficiaires, aux mêmes conditions.
En cas de séparation
C’est un point qu’on oublie souvent. Lors d’un divorce, les avoirs de 2ème pilier accumulés pendant le mariage sont partagés entre les époux. Entre concubins, il n’y a aucun partage : si l’un a réduit son activité pendant des années, il repart avec son seul avoir. Notre page sur le 3ème pilier en cas de divorce détaille le cas des couples mariés.
Le 3ème pilier : A et B ne protègent pas de la même façon
Le 3ème pilier A
Au décès, le capital d’un 3ème pilier A est versé dans un ordre fixé par la loi. Le conjoint passe toujours en premier. Le concubin ne fait partie du deuxième groupe, avec vos descendants et les personnes que vous entreteniez de façon importante, que s’il remplit l’une de ces conditions :
- vous avez vécu ensemble sans interruption pendant au moins les cinq années précédant votre décès ;
- il doit entretenir un ou plusieurs enfants communs.
Dans ce groupe, vous pouvez désigner votre concubin et fixer sa part, par écrit auprès de votre banque ou de votre assureur. Un testament ne suffit pas.
Attention à un cas fréquent : si vous êtes encore marié, même séparé de fait, votre conjoint reste le premier bénéficiaire, et votre concubin ne touche rien de votre 3ème pilier A. Nos pages sur la clause bénéficiaire et sur le 3ème pilier au décès détaillent ces règles.
Le 3ème pilier B
Avec une assurance vie du 3ème pilier B, vous désignez librement votre bénéficiaire, sans condition de durée de vie commune. C’est la solution la plus simple pour protéger un concubin dès le début de la relation. La liberté n’est pas totale : le contrat doit respecter les réserves héréditaires de vos enfants et de votre éventuel conjoint. Notre page comment fonctionne une assurance vie en cas de décès ? explique le versement du capital.
La succession : le concubin n’hérite pas sans testament
Ce que prévoit la loi
Le conjoint survivant est un héritier légal. S’il y a des enfants, il reçoit la moitié de la succession. S’il n’y a pas d’enfants mais que les parents du défunt ou leurs descendants sont en vie, il en reçoit les trois quarts. Sinon, il reçoit tout.
Le concubin n’est pas un héritier légal. Sans testament ni pacte successoral, il ne reçoit rien, même après des décennies de vie commune.
Ce que vous pouvez faire
Vous pouvez désigner votre concubin dans un testament, dans la limite de la quotité disponible, c’est-à-dire la part qui ne revient pas obligatoirement à vos héritiers réservataires. Depuis la révision du droit des successions de 2023, cette part est plus grande : la réserve des enfants a diminué, et celle des parents a disparu. Sans enfant ni conjoint, vous pouvez donc léguer l’ensemble de vos biens à votre concubin.
L’impôt sur la succession
C’est souvent la plus mauvaise surprise. Le conjoint est exonéré de l’impôt sur les successions dans les cantons. Le concubin, lui, est taxé dans de nombreux cantons, parfois comme une personne sans lien de parenté, à un taux élevé. Les règles varient beaucoup d’un canton à l’autre : renseignez-vous auprès de votre canton avant de faire vos choix. Le capital d’un 3ème pilier A versé à un bénéficiaire est, lui, exonéré d’impôt sur les successions et soumis à l’impôt sur les prestations en capital, à taux réduit.
Les impôts sur le revenu : la règle va changer
Aujourd’hui, un couple marié remplit une seule déclaration et ses revenus sont additionnés. Selon la répartition des revenus, cela peut coûter plus cher qu’en concubinage, surtout quand les deux gagnent bien leur vie. À l’inverse, un couple où l’un gagne beaucoup plus que l’autre est souvent avantagé par le mariage.
Le 8 mars 2026, le peuple a accepté l’imposition individuelle. Chaque époux remplira sa propre déclaration, comme des concubins. La réforme doit s’appliquer à l’impôt fédéral et aux impôts cantonaux au plus tard le 1er janvier 2032. À terme, l’écart fiscal entre mariage et concubinage va donc largement disparaître.
Pour le 3ème pilier A, rien ne change : chaque personne déduit ses propres versements, dans la limite de son montant maximum, mariée ou non.
À quoi d’autre penser si vous vivez en concubinage ?
Un contrat de concubinage
Le concubinage n’est pas encadré par la loi. Un contrat écrit, même simple, permet de fixer la répartition des frais du ménage, ce qui se passe pour le logement en cas de séparation, et de dresser un inventaire de vos biens respectifs. Il sert aussi de preuve de la vie commune, utile pour la caisse de pension ou le 3ème pilier A.
En cas d’hospitalisation
La loi permet au concubin qui fait ménage commun avec vous et vous apporte une assistance régulière de vous représenter pour les décisions médicales si vous n’êtes plus capable de discernement. Il passe toutefois après les personnes que vous avez désignées. Pour éviter toute discussion, rédigez des directives anticipées et un mandat pour cause d’inaptitude qui le désignent, et libérez vos médecins du secret médical envers lui.
Si vous avez un enfant
Le père doit reconnaître l’enfant, avant ou après la naissance, auprès de l’office de l’état civil. Pour obtenir l’autorité parentale conjointe, les parents font ensuite une déclaration commune. Sans cette déclaration, la mère a seule l’autorité parentale.