Perdre son emploi, c’est d’abord une question de revenu et de recherche. La prévoyance passe souvent au second plan, et c’est compréhensible.
Mais quelques décisions prises dans les premières semaines comptent pour votre retraite : ce que vous faites de votre 2ème pilier, la façon dont vous gérez votre assurance 3ème pilier, et ce que vous continuez à verser. Voici ce qu’il faut savoir.
Votre 3ème pilier A pendant le chômage
Il vous reste acquis
Votre 3ème pilier A vous appartient : le chômage n’y change rien. Votre compte ou vos fonds continuent de rapporter, et votre police d’assurance continue de courir, tant que les primes sont payées.
Vous pouvez continuer à verser
Les indemnités journalières de l’assurance-chômage sont soumises à l’AVS. Elles comptent donc comme un revenu d’activité pour le 3ème pilier A : vous pouvez continuer à verser et à déduire vos versements, dans la limite de votre plafond. Si vous n’êtes plus affilié à une caisse de pension, c’est le grand plafond, 20 % de votre revenu, qui s’applique, avec vos indemnités comme base.
Notre page montant maximum du 3ème pilier explique comment calculer votre plafond.
Une fois en fin de droits, sans autre revenu soumis à l’AVS, vous ne pouvez plus verser sur votre 3ème pilier A. Ce qui est déjà épargné reste à vous.
Vous ne pouvez pas le retirer pour cause de chômage
Le chômage ne fait pas partie des cas de retrait anticipé prévus par la loi. Votre 3ème pilier A ne peut être retiré qu’à l’approche de la retraite, ou pour acheter votre logement, vous mettre à votre compte, quitter définitivement la Suisse, racheter dans votre 2ème pilier ou en cas de rente d’invalidité entière.
Si vous profitez de cette période pour lancer votre propre activité, le retrait devient possible, dans l’année qui suit le début de l’activité. Notre page comment retirer son 3ème pilier détaille les conditions.
Si vous avez une assurance 3ème pilier
C’est là que le chômage peut coûter cher. Une assurance 3ème pilier vous engage sur une prime fixe. Si vous ne pouvez plus la payer et que vous la résiliez, vous ne récupérez que la valeur de rachat, souvent inférieure à vos primes, et vous perdez votre couverture en cas de décès ou d’invalidité.
Ne comptez pas sur la libération du paiement des primes : cette option prend en charge vos primes si une maladie ou un accident vous empêche de travailler, pas si vous êtes en bonne santé et sans emploi.
Avant d’en arriver là, contactez votre assureur dès que vous savez que vos revenus vont baisser. Selon votre contrat, plusieurs solutions peuvent exister :
- réduire temporairement la prime, avec un capital final plus faible ;
- suspendre les primes pendant une durée limitée, une possibilité que certains assureurs accordent en cas de chômage ;
- transformer le contrat en police libérée de primes : vous arrêtez de payer, et le contrat continue jusqu’au terme avec un capital réduit, sans perte de ce que vous avez déjà versé.
Demandez-le avant de cesser de payer, et faites-vous confirmer la solution par écrit. Un contrat resté longtemps sans primes est souvent difficile à réactiver quand vous retrouvez un emploi : il faut alors en conclure un nouveau, à un âge plus avancé et donc plus cher.
Si vous êtes indépendant, soyez particulièrement prudent : sans caisse de pension, votre assurance 3ème pilier est souvent votre seule couverture en cas de décès ou d’invalidité, au-delà de l’AVS et de l’AI. Notre page résilier son 3ème pilier détaille ces options.
En banque, la question ne se pose pas : vous pouvez simplement arrêter de verser, sans frais, et reprendre quand vous le pourrez.
Votre 2ème pilier pendant le chômage
Votre avoir passe sur un compte de libre passage
Quand vous quittez votre employeur, vous quittez aussi sa caisse de pension. Votre avoir est transféré sur une police ou un compte de libre passage, où il reste jusqu’à ce que vous retrouviez un emploi : il sera alors versé à la caisse de votre nouvel employeur. Indiquez à votre ancienne caisse où transférer votre avoir. Sans instruction de votre part, il finit par être transféré à l’institution supplétive.
Vous restez assuré contre le décès et l’invalidité
Dès que vous touchez des indemnités, et si elles dépassent le seuil d’entrée de la prévoyance professionnelle, vous êtes assuré auprès de la Fondation institution supplétive LPP contre les risques de décès et d’invalidité. Les cotisations, faibles, sont partagées entre vous et l’assurance-chômage. Cette couverture s’arrête avec la fin de vos indemnités.
Mais votre épargne retraite ne grossit plus
Pendant le chômage, aucune épargne vieillesse n’est constituée dans le 2ème pilier obligatoire. Une longue période de chômage crée donc une lacune dans votre future rente. Vous pouvez continuer à cotiser volontairement à l’institution supplétive pour votre épargne vieillesse, en payant vous-même la part employé et la part employeur : ça n’a de sens que si vous en avez les moyens.
Si vous êtes licencié après 58 ans
Vous pouvez demander à rester assuré dans la caisse de pension de votre ancien employeur, en payant vous-même les cotisations. C’est utile si vous voulez toucher une rente plutôt qu’un capital à la retraite. Notre page retraite anticipée en Suisse explique aussi comment une rente anticipée réduit les indemnités de chômage.
Le fonctionnement général est expliqué dans notre page le 2ème pilier, et les cas de retrait dans notre page dans quels cas puis-je retirer mon 2ème pilier ?
Votre AVS pendant le chômage
Les indemnités de chômage étant soumises à l’AVS, vos cotisations continuent d’être prélevées : votre future rente AVS n’est pas touchée pendant cette période.
Après la fin de vos droits, si vous n’avez pas retrouvé d’activité, vous devez payer vos cotisations AVS vous-même, comme personne sans activité lucrative. Annoncez-vous à votre caisse de compensation : une année sans cotisation crée une lacune qui réduit votre rente à vie. Notre page le 1er pilier explique comment repérer et combler une lacune.
Et si vous êtes frontalier ?
Si vous perdez définitivement votre emploi en Suisse, c’est la France qui vous indemnise, par France Travail. Vos indemnités ne sont donc plus un revenu soumis à l’AVS suisse, et vous ne pouvez en principe plus verser sur votre 3ème pilier A.
En contrepartie, la cessation définitive de votre activité en Suisse peut vous permettre de retirer votre 3ème pilier A. Les prestataires le prévoient comme un motif à part entière, sur présentation notamment de l’annulation de votre permis frontalier et d’une attestation de chômage ou de votre nouvel emploi en France. Vérifiez les conditions exactes avec votre banque ou votre assureur, et pensez à l’impôt dû au retrait, en Suisse comme en France.
Pour votre 2ème pilier, la part obligatoire reste en principe bloquée en Suisse jusqu’à la retraite, tant que vous êtes soumis à l’assurance sociale française. Notre page dans quels cas puis-je retirer mon 2ème pilier ? détaille les règles, et notre page un frontalier peut-il souscrire un 3ème pilier ? l’imposition au retrait.
Une période pour faire le point
Le chômage est rarement le moment de souscrire un nouveau contrat. Mais c’est un bon moment pour vérifier vos contrats existants : la prime de votre assurance est-elle encore adaptée ? Votre clause bénéficiaire correspond-elle à votre situation ? Votre avoir de libre passage est-il bien placé ?
Si vous retrouvez un emploi, pensez à faire transférer votre avoir de libre passage à votre nouvelle caisse de pension, et à reprendre vos versements au 3ème pilier A, avec la possibilité de rattraper, depuis 2026, les années où vous n’avez pas versé le maximum.