En Suisse, « assurance vie » et « 3ème pilier » sont souvent employés l’un pour l’autre. Ce n’est pas tout à fait faux : une grande partie des 3èmes piliers sont des assurances vie. Mais ce n’est pas tout à fait juste non plus, puisqu’un 3ème pilier peut aussi être un simple compte en banque, et qu’une assurance vie peut exister en dehors de la prévoyance liée.
Cette page remet les choses dans l’ordre : ce qu’est une assurance vie, les formes qu’elle prend, ce qu’elle apporte, et ce qu’elle coûte.
Qu’est-ce qu’une assurance vie ?
C’est un contrat entre vous et un assureur. Vous payez des primes, en général chaque année ou chaque mois, parfois en une seule fois. En échange, l’assureur s’engage à verser une prestation si un événement prévu au contrat se produit : votre décès, votre incapacité de gain, ou simplement l’arrivée de l’échéance.
Trois rôles apparaissent dans le contrat, souvent tenus par la même personne :
- le preneur d’assurance, qui signe le contrat et paie les primes ;
- l’assuré, la personne sur la tête de laquelle repose le risque ;
- le bénéficiaire, qui reçoit le capital en cas de décès de l’assuré.
Dans un 3ème pilier A, le preneur et l’assuré sont la même personne, et les bénéficiaires sont fixés par la loi. Dans un 3ème pilier B, vous avez plus de liberté, notamment pour désigner les bénéficiaires.
Les différentes formes d’assurance vie
L’assurance risque pur
Elle verse un capital à vos bénéficiaires si vous décédez pendant la durée du contrat. Si vous êtes en vie à l’échéance, rien n’est versé. Comme elle ne contient aucune épargne, sa prime est faible. Le capital peut être constant, pour protéger un niveau de vie, ou décroissant, pour couvrir une dette qui diminue, comme une hypothèque amortie. Notre page l’assurance risque pur explique comment choisir le capital.
L’assurance vie mixte classique
Elle combine une couverture en cas de décès et une épargne. Si vous décédez pendant le contrat, vos bénéficiaires reçoivent le capital décès prévu. Si vous êtes en vie à l’échéance, c’est vous qui touchez le capital épargné.
Ce capital comprend une part garantie dès la signature, à laquelle s’ajoute une participation aux excédents, qui dépend des résultats de l’assureur et n’est jamais garantie. Le rendement garanti repose sur un taux d’intérêt fixé au contrat, aujourd’hui bas.
L’assurance vie liée à des fonds
Le principe est le même, mais l’épargne est investie dans des fonds de placement. Le rendement potentiel est plus élevé, mais le capital peut baisser avec les marchés. Certains contrats prévoient une garantie, totale ou partielle, d’autres non. Pour un horizon court, ce risque pèse davantage.
Les couvertures complémentaires
Un contrat d’assurance vie peut inclure, en option :
- la libération du paiement des primes, qui prend en charge vos primes si une maladie ou un accident vous empêche de travailler, après un délai d’attente ;
- une rente en cas d’incapacité de gain, qui compense une partie du revenu perdu.
Ces options coûtent, mais elles sont souvent ce qui donne son sens à une assurance par rapport à une épargne en banque, en particulier pour les indépendants.
La rente viagère
À l’inverse des formes précédentes, la rente viagère transforme un capital en revenu à vie. Elle se souscrit en général autour de la retraite. Notre page la rente viagère explique son fonctionnement et sa fiscalité.
Assurance vie 3a ou 3b : ce qui change
| Assurance vie 3a (liée) | Assurance vie 3b (libre) |
| Qui peut la souscrire | Personnes avec un revenu soumis à l’AVS | Tout le monde |
| Primes | Déductibles du revenu, dans la limite du plafond annuel | En général non déductibles, sauf à Genève et à Fribourg |
| Accès à l’argent | Bloqué jusqu’à la retraite, sauf cas prévus par la loi | Résiliation possible à tout moment, contre la valeur de rachat |
| Bénéficiaires | Ordre fixé par la loi | Libres |
| Impôt sur la fortune | Non | Oui, sur la valeur de rachat |
| Capital à l’échéance | Imposé une fois, à taux réduit | En principe non imposé comme un revenu |
Le choix entre les deux est détaillé dans notre page 3ème pilier A ou B : lequel choisir ? Les plafonds de déduction du 3a sont sur notre page montant maximum du 3ème pilier, et ceux du 3b genevois et fribourgeois sur notre page déduction du 3ème pilier B.
Ce qu’une assurance vie vous apporte
Une protection pour vos proches
C’est sa raison d’être. Si vous décédez pendant le contrat, vos bénéficiaires reçoivent le capital prévu, même si toutes les primes n’ont pas été payées. Avec une épargne en banque, ils ne recevraient que ce que vous avez épargné jusque-là. Notre page assurance vie en cas de décès détaille le versement et ses exclusions.
Pour un couple non marié, c’est souvent le seul moyen de protéger le partenaire : l’AVS ne lui verse aucune rente de survivant, et le 3ème pilier A ne le reconnaît qu’après cinq ans de vie commune ou avec un enfant commun.
Une protection pour vous
Avec la libération du paiement des primes, votre épargne continue d’être alimentée si vous ne pouvez plus travailler. Avec une rente d’incapacité de gain, vous compensez une partie de votre revenu. Pour un indépendant sans caisse de pension, ces couvertures comblent un vrai vide : notre page la prévoyance de l’indépendant fait le point.
Une épargne qui ne dépend pas de votre volonté
C’est un avantage que l’on cite rarement, et qui compte pourtant. Une prime fixe, prélevée chaque année, vous oblige à épargner. Pour certaines personnes, c’est la seule façon d’y parvenir.
Un capital pour la retraite ou un projet
L’épargne accumulée complète vos rentes AVS et de 2ème pilier à la retraite. Dans le 3ème pilier A, elle peut aussi servir à acheter votre logement ou à vous mettre à votre compte, selon les règles décrites dans notre page comment retirer son 3ème pilier.
Une protection contre les créanciers
Si vous désignez votre conjoint, votre partenaire enregistré ou vos descendants comme bénéficiaires d’une assurance vie du 3ème pilier B, le contrat est protégé contre vos créanciers. Pour un indépendant, l’argument peut peser.
Ce qu’elle coûte, et ce qu’il faut savoir avant de signer
Des frais plus élevés qu’en banque
Une partie de chaque prime finance les frais de conclusion, la gestion et la couverture des risques. Les frais de conclusion sont surtout prélevés au début du contrat.
Un engagement sur la durée
La prime est fixe, souvent pour 20 ou 30 ans. Si vous devez arrêter avant le terme, vous ne récupérez que la valeur de rachat, souvent inférieure aux primes versées pendant les premières années. Pour un 3ème pilier A, elle n’est même pas versée : elle est transférée vers un autre 3ème pilier A.
Un rendement garanti modeste
Le capital garanti repose sur un taux d’intérêt bas. Les projections qui affichent un capital plus élevé supposent des excédents ou une performance des fonds qui ne sont pas garantis.
Rien de tout cela n’est caché : avant la signature, l’assureur doit vous informer des primes, de la durée, des règles de participation aux excédents, et des valeurs de rachat. Notre page que vérifier avant de signer un 3ème pilier ? vous aide à lire une offre.
Une assurance vie, pour qui ?
Elle a du sens si vous avez des personnes à protéger, en particulier des enfants, un partenaire non marié ou une hypothèque ; si vous êtes indépendant et sans couverture d’invalidité ; ou si vous avez besoin d’une contrainte pour épargner, avec un revenu stable sur la durée du contrat.
Elle a moins de sens si vous n’avez personne à protéger ; si vos revenus sont irréguliers et qu’une prime fixe risque de devenir un poids ; ou si votre retraite est proche, car un nouveau contrat aurait peu de temps pour amortir ses frais.
Entre les deux, une combinaison est souvent la plus efficace : une assurance risque pur pour la protection, et un 3ème pilier en banque pour l’épargne. Notre page 3ème pilier en banque ou en assurance ? compare ces approches en détail.
Comment souscrire une assurance vie ?
Vous demandez une offre à un ou plusieurs assureurs, ou à un courtier qui les compare. L’assureur vous pose des questions écrites sur votre santé et vos habitudes, puis accepte votre demande, parfois avec une surprime ou une exclusion. Répondez à ces questions de manière complète et exacte : une réponse inexacte peut permettre à l’assureur de résilier le contrat et de refuser de payer.
Après la signature, vous disposez de 14 jours pour révoquer le contrat, par écrit ou par e-mail, sans avoir à vous justifier.